Des citoyens rassemblés autour d'un ordinateur

Depuis le début de la crise du Covid-19, les collectivités publiques sont confrontées à deux enjeux de taille : gérer le télétravail des employés et garantir (plus que jamais) leurs services et leur présence auprès des habitants.

Dans cet environnement confiné, le numérique devient rapidement le lien le plus sûr et le plus direct. “Nous sommes en formation accélérée du numérique, de manière brutale” soulignait le sociologue Jean Viard dans sa récente intervention (en ligne !) organisée par Engage For.  Et si la véritable transition numérique des collectivités territoriales et des services publics se jouait ici ? 

Des citoyens rassemblés autours d'un ordinateur

Assurer la continuité des services publics

En quelques semaines, quelques centaines de milliers de fonctionnaires se sont retrouvés en télétravail. Une situation inédite. Si les entreprises ont culturellement et matériellement plus de facilité à gérer le télétravail, ce n’est pas le cas de la fonction publique. Les services rencontrent en premier lieu un problème de matériel et de sécurité. Peu d’ordinateurs professionnels à disposition, pas de VPN, des données sensibles qui peuvent être compromises sans une attention particulière aux logiciels employés (notamment pour les services de paie).

Face à cette difficulté, certaines collectivités sont mieux préparées que d’autres. C’est le cas de la région Île-de-France et ses 10 200 agents, rompus à l’exercice du télétravail depuis les grèves “Il nous a fallu un an pour mettre en place le télétravail. Désormais, 100 % de nos activités sont réalisables à distance en ce qui concerne le siège de la région”, confiait Fabienne Chol, directrice générale adjointe chargée des ressources humaines au conseil régional d’Île-de-France, à la Gazette des communes.

Pour pallier ce déficit, l’État a sollicité des entreprises privées pour mettre en place en urgence les plateformes Osmose et Plano, spécialement conçues pour le télétravail des fonctionnaires d’État : visioconférences, partage et stockage de documents, messagerie, organisation du travail collaboratif…  Mais elles ne sont disponibles que pour une partie des fonctionnaires pour le moment, dans certains ministères et administrations. 

« La crise que l’on vit met en lumière l’importance cruciale du numérique pour assurer la continuité du service public. » confiait Nadi Bou Hanna, directeur interministériel du numérique, au micro d’Europe 1.

Des solutions durables restent à trouver, mais la crise aura eu le mérite d’accélérer le mouvement. 

Sites, plateformes numériques et réseaux sociaux des collectivités fleurissent

Si les outils de travail semblent encore hésitants, la communication numérique elle, a bien pris son essor. Sites des communes ou sites d’entraide, réseaux sociaux, plateformes de participations citoyennes… Nombreuses collectivités territoriales et locales capitalisent sur le numérique pour informer, coordonner les actions citoyennes et proposer des supports culturels et éducatifs.

À Maisons-Laffitte, la page Facebook de la ville a recensé tellement de propositions de solidarité qu’elle a fini par se décliner en véritable site internet dédié à l’entraide. 

À Versailles, les habitants peuvent retrouver des conseils sur le site de la ville et remplir un formulaire d’actions solidaires. Ses réseaux sociaux ont enregistré une hausse de 55 % de fréquentation depuis le début du confinement

Les plateformes citoyennes aussi sont largement mises à contribution. Dès le 13 mars, les communes ont spontanément commencé à organiser des appels à solidarité sur Fluicity, pour faire le lien entre des personnes isolées et celles qui peuvent donner de leur temps. Ainsi, la Mairie de Paris Neuf a été en mesure de mettre en relation les citoyens et les associations pour faciliter la garde d’enfants et l’aide aux personnes âgées isolées avant le confinement. La ville de Saran y relaie des articles participatifs présentant les initiatives mises en place par ses services (partage d’idées de lectures par la médiathèque, conseils de sport par les éducateurs sportifs de la mairie).

Des exemples de ce type pourraient être égrenés sur tout le territoire. 

Illustration de l'offre Collectivités solidaires de Fluicity : des voisins font preuve de solidarité

“La technologie numérique est devenue le seul moyen pour les élus de consulter leurs citoyens. En tant que « civic tech” notre responsabilité est d’assurer la continuité du dialogue citoyen.” témoigne Julie de Pimodan, CEO de Fluicity.

Pour soutenir les collectivités, Fluicity a décidé de proposer son offre “collectivités solidaires” gratuitement à tous les élus. Cette plateforme clé en main donne la possibilité d’informer les habitants, de répondre à leurs inquiétudes et d’organiser des solutions solidaires entre citoyens et avec les associations. 

Réduire la fracture numérique entre les populations et entre les territoires

Demain sera-t-il résolument numérique ? Nous n’en sommes pas encore là.  Selon la Mission Société Numérique, “13 millions de nos concitoyens demeurent éloignés du numérique : ils n’utilisent pas ou peu Internet, et se sentent en difficulté avec ses usages.” Les facteurs d’inégalités sont multiples et notamment territoriaux : “50 % des non-internautes résident dans des communes de moins de 20 000 habitants. Seuls 60 % des Français résidant dans des communes rurales et 65 % dans des villes moyennes se disent compétents pour utiliser un ordinateur, contre 76 % dans l’agglomération parisienne”.

Dans le cadre du Covid 19, l’Etat a déployé deux nouvelles plateformes : Solidarité numérique pour aider à réaliser ses démarches essentielles sur Internet, et La Réserve Civique pour faciliter la mobilisation des solidarités. Deux initiatives créées dans l’urgence, qui trouvent encore une fois tout leur sens dans la durée. 

Des éléments aussi concrets que la généralisation de la fibre devront ensuite être mis sur la table. “La question qui se posera dans l’après sera de savoir quel niveau d’engagement nous voulons aller pour que tout le monde soit à bord” souligne Sébastien Soriano, président de l’Autorité Régulation des Télécommunications, des Postes et de la distribution de la presse (ARCEP), lors de l’atelier #Lejourd’apres “Le jour d’après sera numérique ou ne sera pas”. 

Une nouvelle forme de coopération entre collectivités et citoyens

La crise du Covid a initié un mouvement de fond dans l’adoption des pratiques numériques, et prouvé leur nécessité pour “garder le lien” à toute épreuve.

Plus encore, elle nous prouve qu’une nouvelle forme de collaboration est possible entre citoyens et collectivités. À commencer par une capacité forte à s’organiser et développer des projets communs – de solidarité, d’intérêt général. Les collectivités, en collaboration avec les civic tech, ont l’opportunité de faire perdurer cet élan au-delà de la période de crise et d’en multiplier les bénéfices sur le long terme.

Cette crise nous montre également l’importance de la mobilisation citoyenne pour appuyer les politiques publiques. Dans son confinement, le citoyen est au coeur d’une responsabilité nationale : celle de garantir la protection de tous. 

Imaginer la démocratie de demain, c’est concevoir cette alliance de responsabilité civique et d’agilité technologique. Les civic tech ont un rôle fondamental à jouer pour y parvenir.

← Retour aux articles