Yann Yves Biffe: « Articuler numérique et présentiel pour consulter vos citoyens »

Par John
publié le 3 Jun, 2022

La ville des Sables d’Olonne vient de finaliser une consultation inédite sur l’avenir d’une statue dans l’espace public. Une démarche innovante, mêlant participation physique et digitale tout en mesurant la représentativité, grâce à une technologie de vérification d’identité et d’anonymisation.

Entretien avec Yann Yves Biffe, DGA des Sables d’Olonne 

Propos recueillis par Julie de Pimodan, Co-fondatrice et CEO de Fluicity

Pourriez-vous vous présenter ?

Je suis directeur général adjoint en charge des services à la population. Cela couvre les domaines de l’éducation, du sport, de la culture, de la relation avec l’usager. 

Pourquoi avoir lancé cette consultation citoyenne aux Sables d’Olonne?

On y avait déjà réfléchi par le passé, mais on n’avait jamais été pleinement convaincu par les dispositifs numériques existants, notamment à cause de la question de la qualification de la participation. Historiquement, on était plus sur les dispositifs physiques que numériques, mais grâce à une consultation physique très réussie à propos d’un projet d’aménagement du territoire, les élus ont évolué dans l’idée de prendre le pouls de la population plus régulièrement. Au départ, pour cette votation qui avait pour objectif de déterminer l’avenir d’une statue dans l’espace public, on avait imaginé faire une consultation à partir de la liste électorale, puis on a écarté le principe pour partir sur quelque chose de plus large pour donner la possibilité à des gens qui ne sont pas inscrits (résidences secondaires) de voter. Cela nous a mené sur un terrain finalement un peu plus éloigné de la stricte procédure électorale, mais toujours en gardant cette volonté de qualifier la participation.

Qu’entendez-vous par une participation qualifiée ?

Pour nous, qualifier la participation, c’est pouvoir vérifier qui participe. Il n’y a pas de bonne et de mauvaise démocratie participative : toutes les strates d’avis sont pertinentes, des résidents à l’année comme des gens qui sont en vacances. Ce qui importe pour nous, c’est de définir ce qu’on veut mesurer et de s’y tenir. Dans le cadre de cette consultation, il s’agissait des Sables d’Olonne au sens large. À partir de là, il fallait qu’on soit en mesure de pouvoir certifier que les gens qui ont participé répondaient à cette définition et non à des groupes d’intérêt ou de pression. Nous avons donc sélectionné Fluicity, une solution qui nous permettait de contrôler l’identité des participants, tout en respectant leur anonymat.

Comment les citoyens ont-ils réagi à cette consultation, quels ont été les bénéfices pour la Commune ? 

De nombreux citoyens sont venus nous remercier d’avoir pu donner leur avis dans ces conditions. En parallèle, cette consultation nous a donné une assise par rapport à la position de la ville sur le sujet concerné, à savoir l’avenir d’une statue sur le domaine public. 

En termes de volume, nous n’avons réellement collecté l’avis que de 4000 personnes, ce qui est faible comparé à la population de la ville, mais très satisfaisant comparé à d’autres dispositifs de participation. 

Du point de vue de la représentativité, la population des Sables-d’Olonne est relativement âgée et cela s’est reflété dans les résultats de la consultation : la population la plus représentée a entre 71 et 81 ans et a voté à 55 % dans les urnes et à 45 % sur internet. C’était relativement surprenant, mais cela prouve qu’il n’y a pas eu de barrière générationnelle au vote sur internet. 

En interne, cette consultation a permis de réellement engager les élus sur le principe de consulter régulièrement la population. Nous avons donc d’ores et déjà fixé la prochaine consultation au mois de novembre de cette année, le thème reste encore à définir.

Quelle a été l’innovation de ce dispositif ?

Notre but, ce n’était pas d’innover pour innover, mais d’aller chercher un résultat. Pour autant, nous avons été pionniers sur deux aspects : 

  • Assurer la qualification de la participation, tout en assumant de mettre des barrières à l’entrée pour la vérification d’identité. Fluicity nous a permis de vérifier l’identité des votants, d’assurer leur anonymat, mais aussi de vérifier qu’il n’y avait pas de doublons avec les votants en bureau de vote.
  • D’offrir aux habitants la possibilité d’aller voter dans des bureaux de vote en parallèle. 

Fluicity nous a permis de vérifier l’identité des votants, d’assurer leur anonymat, mais aussi de vérifier qu’il n’y avait pas de doublons avec les votants en bureau de vote.

Comment avez-vous vécu la mise en œuvre opérationnelle d’un tel dispositif, que recommanderiez-vous à des communes souhaitant se lancer dans un tel projet ?

C’était relativement simple, et grâce à notre prestataire, nous n’avons pas eu besoin de beaucoup de moyens humains sur la partie numérique. Sur la partie physique, cela a demandé un peu d’organisation, mais par rapport à un dispositif classique d’élection, c’était assez léger. Concernant le choix du mode de consultation, je pense que toutes les options sont bonnes, mais qu’il faut faire un choix et s’y tenir. Si on opte pour une consultation très ouverte, on peut espérer un beau volume de contributions, mais l’analyse et une interprétation sera peut-être plus complexe. À l’inverse, si on veut contrôler avec des justificatifs d’identité, il faut d’emblée savoir que cela va faire baisser le taux de participation, mais que chaque réponse aura une vraie valeur. C’est donc un choix politique qu’il faut faire au départ et être au clair en interne sur ce que cela implique. Mon deuxième conseil serait de coupler la consultation internet avec la consultation physique. Cette double approche a vraiment été appréciée par les habitants qui se sont dits que l’on pensait à tout le monde.

John

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