Illustration montrant des citoyens proposant des idées pour la vie locale

La ville est un écosystème dans lequel chaque citoyen joue un rôle : qu’il soit déjà engagé dans la démocratie locale, commerçant, travailleur de passage, simple habitant… Pour s’appuyer sur leur expérience, élus et collectivités tentent de susciter l’engagement de cette pluralité de citoyens dans la vie locale. Un défi que cette pluralité rend justement complexe !

Comment faire en sorte que ce ne soit pas toujours les mêmes qui s’expriment ? Quels moyens existent-ils pour susciter l’intérêt des habitants et faciliter leur participation ? Comment mettre en place un réseau de citoyens actifs sur son territoire ?

En tant que civic tech, Fluicity a pris soin d’étudier la question.

Comprendre les motivations de participation

Quand on parle de participation citoyenne, on pense immédiatement aux dispositifs de consultation et concertation. Ces outils sont précieux pour connecter les voix et gérer des projets. Mais les collectivités doivent d’abord se poser une question : qu’est-ce qui pousse les habitants à s’engager ?

Dans leur analyse Participer pourquoi faire ? Esquisse d’une sociologie de l’engagement dans les budgets participatifs, Alice Mazeau et Julien Talpin font ressortir 4 leviers de motivation : le devoir civique, l’intérêt personnel, la sociabilité et l’enrichissement cognitif. 

1. Le “devoir civique”

Il aura surtout de l’impact chez des personnes déjà investies, ou du moins sensibilisées à leur responsabilité citoyenne. Mais il peinera sans doute à rassembler une franche majorité.

Les 3 autres leviers sont précieux pour capter différents publics.

2. L’intérêt personnel 

Les citoyens prendront plus facilement part à un projet ou un débat s’ils y voient un impact direct sur leur qualité de vie. Autrement dit, si le temps investi vaut le coup !

Comment actionner ce levier ? En proposant aux citoyens des projets concrets. En étant clair sur les objectifs et les avantages que les habitants y trouveront dans leur vie quotidienne. Enfin, en diversifiant les projets pour diversifier les publics susceptibles d’y trouver un intérêt : projets pour les seniors, pour des quartiers précis, pour la population active, etc.

Illustration montrant des citoyens proposant des idées pour la vie locale

3. La sociabilité

Puisque la vie locale n’est pas uniquement l’affaire de la collectivité, il faut la faire sortir du huis-clos des mairies et des maisons communales ! Les lieux de loisirs, de culture ou locaux d’associations peuvent parfaitement abriter des réunions publiques, et y associer des évènements plus festifs. Rappelons que l’échange et le collectif sont le terreau de la participation citoyenne.

Exemple d’initiative : Dans le 15 arrondissement de Paris, chaque conseil de quartier organise une fête annuelle. L’occasion de s’amuser en famille tout en ayant la possibilité d’échanger sur la citoyenneté avec les membres du conseil. 

4. L’enrichissement cognitif

Pourquoi participer ? Comment fonctionnent les démarches et les dispositifs ? Quelles sont les compétences de la commune ? Comment mener à bien un projet d’action publique ?…. Autant de questions passionnantes que les citoyens peuvent découvrir ! Pour peu que l’on sache attiser leur curiosité et solliciter leur attention.

Comment ? En les impliquant directement dans l’organisation des projets ou des débats. En les faisant participer à la réflexion sur des projets d’intérêt général. Bref, en leur donnant un rôle actif

Exemples d’initiatives :  

À Aubange, les citoyens sont régulièrement sollicités sur Fluicity sur des projets d’aménagement du territoire. 

Ils ont pu, par exemple, choisir entre deux propositions d’aménagement d’une place publique sur la base de croquis et de projections. Un appel à idées a également été lancé pour décider des équipements d’une grand place, au coeur de la ville.

Tous ces leviers permettent de valoriser le rôle des citoyens dans la vie locale. Se sentant écoutés, sollicités, ils sont plus enclins à s’engager fréquemment et sur le long terme. 

A lire : 3 façons d’impliquer les citoyens dans l’aménagement du territoire

Communiquer sur les initiatives et leurs objectifs

Vous voulez que les citoyens s’impliquent ? Recueillir leurs idées pour la ville et les tendances d’opinion ? Faites le savoir ! Beaucoup d’habitants passent à côté des démarches de concertation uniquement parce qu’ils n’étaient pas au courant.

La communication n’a rien d’accessoire et doit être anticipé avant le lancement d’une consultation.

Elle est au coeur de 2 enjeux primordiaux :

1. Faire connaître les démarches au plus grand nombre

Réseaux sociaux, site de la ville, flyer, affiche, journal communal… Il existe de nombreux canaux de communication. Chacun permet d’atteindre une cible particulière : à vous de choisir les différents médias qui vous permettront de communiquer avec un maximum d’habitants.

Affiche invitant les citoyens de Saran à participer à la vie locale avec l'application Flucity
Publicité Facebook invitant les habitants de Bertrix à proposer leur idées pour le budget participatif de la ville

Vous pouvez aussi vous rapprocher d’acteurs locaux stratégiques : associations, acteurs d’inclusions, citoyens actifs aux conseils de quartiers, animateurs culturels, etc. Ces citoyens “ambassadeurs” aideront à faire connaître les projets participatifs (en leur conférant une certaine crédibilité) et générer un engagement plus fort, . 

2. Expliquer pourquoi s’engager

S’engager oui, mais comment et pourquoi ? Ma voix sera-t-elle vraiment prise en compte ? Autant de questions qui font écho à ce que nous évoquions plus haut : est-ce que l’investissement vaut le coup ? La communication est l’occasion de le prouver. 

Par exemple, en expliquant l’objectif de la participation : pourquoi avoir choisi de consulter sur ce projet précis ? Est-ce que cela fait partie d’une ambition long terme ? Est-ce une expérimentation ? Quel est périmètre d’action accordé aux citoyens ? etc.

Exemple d’initiative : pour son premier budget participatif, la commune de Bertrix a pris soin d’expliquer tous les détails aux habitants. Plusieurs articles pédagogiques ont été publiés directement sur la plateforme de Fluicity. Des explications préalables claires qui permettent d’établir un contrat de confiance

Résultats : en 1 mois, 10 % de la population se mobilise et 45 projets citoyens sont proposés sur Fluicity. Un succès ! 

Découvrez le cas d’usage détaillé du premier budget participatif de Bertrix.

Des articles pédagogiques sur l'espace Fluicity de Bertrix ont favorisé la participation des citoyens à la vie locale et au budget participatif

Vous pouvez également expliquer comment la participation sera prise en compte. Et surtout, diffuser largement l’issu du projet (données obtenus, prochaines étapes, etc.) pour montrer son impact.

“En tant que citoyen, on se demande si son avis sera écouté et considéré. Si je parle dans une boîte vide et qu’il ne se passe rien derrière, ça n’a aucun intérêt.” 

Camille Morio, chercheuse spécialisée dans le droit de la démocratie participative. (extrait de notre interview “Les voix de la démocratie”)

Offrir les bonnes conditions pour s’investir

1. S’adapter aux emplois du temps

Horaires, lieu, durée des réunions ou des projets… tous ces éléments peuvent faciliter ou rendre compliquée la participation. La population active par exemple, aura du mal à participer à des réunions ou des conseils de quartier en journée. Elle sera plus réceptive à une participation en ligne (tout comme les jeunes) ou le week-end. Au contraire, les rendez-vous physiques seront privilégiées par les seniors, généralement en journée. 

Selon le projet et sa cible, il conviendra donc d’adapter les conditions de participation. Et ne pas hésiter à partir directement à la rencontre de sa population cible : commerces, lieux culturels, sportifs ou associatifs, événements, marchés, maison du peuple, etc.

Constituer un réseau de citoyens actifs

L‘avantage d’une plateforme en ligne est indéniable pour informer, communiquer, recueillir les idées, analyser, etc. Tout sur un même outil ! Contrairement aux réseaux sociaux, l’outil de concertation invite à la réflexion constructive et permet des échanges plus apaisés (voir notre article sur le sujet “Pourquoi les réseaux sociaux ne peuvent pas être un lieu de débat démocratique”). 

Les citoyens investis sur la plateforme sont plus rapidement mobilisables pour des projets d’ampleur (budget participatif, projet d’aménagement, consultations thématiques…). : surtout si le dialogue et les démarches participatives sont renouvelés fréquemment. 

Sur Fluicity, il est possible de créer des espaces territoriaux regroupant plusieurs communes. Très pratique pour des consultations à l’échelle d’une région par exemple, qui bénéficient immédiatement d’un réseau de citoyens actifs dans plusieurs collectivités. C’est le cas notamment du Bureau Économique de la Province de Namur

2. Donner confiance

Parler des conditions d’engagement, c’est forcément soulever le sujet de la confiance

Tout d’abord, la confiance envers les élus et en la bonne foi de leur démarche. La communication sur les objectifs de la concertation, son déroulé et ses résultats (évoquée précédemment) participent directement à créer cette relation de confiance. Notez que l’engagement direct des élus aura d’ailleurs plus d’impact.

80% des Français estiment que l’organisation d’un processus de concertation par un élu est un gage d’attention qui leur inspire confiance. 

Baromètre de l’opinion des Français sur la concertation locale et la prise de décision publique

La confiance en soi est également essentielle. De nombreux citoyens peuvent se sentir intimidés ou illégitimes de participer par manque de connaissance d’un sujet.

Deux éléments peuvent contribuer à leur donner confiance et développer leur culture de la participation  : 

  • partager des informations et des connaissances sur les sujets de consultation – suffisamment en amont pour permettre aux citoyens d’y réfléchir. Les idées proposées n’en seront d’ailleurs que de meilleure qualité !
  • accueillir leurs propositions avec bienveillance, et faire preuve de pédagogie.

“Pour que la co-construction citoyenne soit efficace, il faut être prêt à entendre ce que les habitants vont nous dire. Parfois, ils vont proposer des choses qui sont infaisables, car ils ne connaissent pas toutes les contraintes de l’administration.

Prenons le temps de les écouter et interrogeons-nous. Ne nous braquons pas sur les propositions, mêmes les plus farfelues et les plus complexes. Ensuite, entourons-nous d’experts.

Faisons confiance aux services municipaux qui vont nous permettre d’apporter leur analyse et de réfléchir aux propositions des habitants (forces, faiblesses, opportunités, risques…). La décision finale revenant aux élus.”

Sébastien Prévot, directeur de cabinet à Saran (Interview Fluicity, Les Voix de la démocratie)

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