Smart grids, smart water, smart city, il n’est pas une ville qui n’opte pour une reconversion intelligente de sa gouvernance. Alors que les applications dites “smart city” explosent la question d’une appropriation citoyenne de ces plateformes d’aide à la décision n’est toujours pas résolue.

 

Les grandes entreprises prônent une approche servicielle de la ville intelligente

En 2013, Orange lançait une version bêta de la solution évolutive « Ma ville dans ma poche », depuis adaptée pour les villes de Nantes, Perpignan et Bordeaux. L’application propose une interface centrée sur les services aux usagers où l’on peut “géolocaliser l’arrivée de son bus”, “ s’informer de la qualité du trafic” et “consulter les horaires d’ouverture de services municipaux”. À Paris, Cisco poursuit deux expérimentations sur les bâtiments publics et les places en fléchant l’empreinte carbone, le niveau de fréquentation et les comportements pour un “aménagement idéal” de la ville.

Quelle est la valeur ajoutée de ces offres Smart City ? Proposer une gestion unifiée et contrôlée des systèmes d’informations locaux et de leurs applications. Cet exercice s’appuie sur une collecte massive des données aux moyens de capteurs intelligents, caméras de vidéosurveillance et autres équipements augmentés. Cependant, une fois passée les premières phases d’expérimentation, l’exploitation de ces données et l’appropriation des outils qui en découlent ne sont pas toujours évidentes.

L’échec de l’expérience Linky à Lyon illustre bien les écueils de ce modèle : pour 90% des consommateurs, le compteur électrique intelligent d’ErDf n’a pas réussi à changer leurs habitudes énergétiques. En outre la Cnil n’a pas manqué de recadrer le fonctionnement de l’outil jugeant la collecte des données “trop détaillée, peu sécurisée et peu confidentielle” (La smart city n’est pas si smart que ça, Slate, 2015)

Le modèle des “big app” — des applications intégrant tous les services d’une ville — développé par certains opérateurs doit lui aussi être confronté à la réalité des usages citoyens. En dépit de leurs colorations locales, ces solutions s’ajoutent à l’offre déjà proposée aux millions d’utilisateurs de Google maps qui cartographie (aussi) tous les établissements et transports situés à proximité” indiquant itinéraires, horaires d’ouvertures et coordonnées suivant les besoins de l’utilisateur. De même il est difficile de passer à côté d’une application de navigation comme Waze qui s’impose à des millions de conducteurs pour les informer de l’état du trafic grâce à un modèle interactif et communautaire.

Enfin l’opacité des entreprises qui expérimentent et captent le mouvement des foules laisse assez perplexe : après leurs lancements, l’actualisation des logiciels qui ciblent et analysent les données est rarement soumise à consultation. L’angle exclusivement serviciel des solutions précitées fragilise le partage d’informations et la conduite d’actions collectives. Les outils ainsi proposés “facilitent la vie” sans la transformer. Peut-on réellement parler d’une ville plus intelligente, si les citoyens sont exclus du débat et des décisions majeures de la ville ? Les élus et les grands groupes spécialisés dans les technologies de l’information ont tout à gagner à ne pas décider seuls de la direction que doit prendre la ville intelligente. Il est essentiel qu’elle résulte d’un partenariat public, privé et participatif.

Les civic tech réactivent l’enjeu de la participation citoyenne dans les villes

Les entreprises “civic tech” vont dans ce sens en renversant la logique consumériste de la ville conçue par les entreprises de la smart city. Les objectifs sont nombreux : il faut mieux informer les citoyens sur les échéances et projets qui les concernent, les mobiliser pour la conception des équipements dont ils veulent profiter et restituer sous la forme la plus accessible et engageante possible les réalisations effectuées. Pour y répondre les innovations démocratiques ne manquent pas : financement participatif local, chaînes youtubes, blogs, plateformes de participation citoyenne etc.

Le Drenche propose aux citoyens de se faire une opinion sur les sujets qui agitent notre société en partant de leurs interrogations et contributions. Sur Collecticity les collectivités peuvent proposer aux citoyens de s’impliquer dans la réalisation de projets locaux par une participation financière type “crowd funding”. Le réseau citoyen supporté par Fluicity réinvente le dialogue avec les élus et décideurs publics, grâce à des consultations directes, un espace d’expression dédié et un tableau de bord de gestion et de visualisation de de la participation locale

Résultats ? Une nouvelle forme du rapport élus/citoyens, plus jeune et active, voit le jour 45 % des utilisateurs de Fluicity ont moins de 35 ans. Ceux-ci participent davantage dans un environnement transparent et collaboratif, et le croisement des données permet une gestion plus efficace et prédictive du service public. Nous sommes aux prémices d’un mouvement de réappropriation de la démocratie qui ne peut que s’accélérer. Des interrogations demeurent :

Quels modèles de financement pour l’innovation démocratique ? Quelles stratégies mettre en place pour mieux informer et porter les projets citoyens ? Quel équilibre trouver entre interactions virtuelles démultipliées et organisation concrète des communautés ?

Néanmoins, les acteurs de la Civic Tech ne cessent d’expérimenter, analyser et s’améliorer en mutualisant les expériences d’un nombre croissant de villes et de leurs citoyens.

Chez Fluicity nous proposons une smart city sociale et participative : la technologie ne peut être une fin en soi, elle se doit en revanche d’être un moyen pour activer les projets concrets co-construits par les acteurs locaux. Une ville intelligente doit être inclusive, informative et pédagogique. C’est seulement si ces conditions sont réunies que toutes les parties prenantes d’une ville pourront participer activement à la transformation et au développement de leur territoire.

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