Interview avec Jean-Pierre Gorges, Député-Maire de Chartres

Interview de Jean-Pierre Gorges
Photo Chartres.fr

Le 3 décembre, nous nous sommes rendus dans la belle ville de Chartres pour rencontrer son maire, Jean-Pierre Gorges. Nous en avons profité pour visiter la cathédrale. Voici donc le résultat de cette interview, avec les moments forts en vidéo !

Vous êtes député d’Eure-et-Loire sur un territoire de plus de 430 000 habitants sur 400 communes. Comment arrivez-vous à parler aux citoyens sur un territoire si large ?

C’est difficile de parler avec tout le monde. Aujourd’hui la communication est plutôt descendante, c’est-à-dire que l’on a des journaux d’information, et ce que l’on essaie de faire, c’est que ça remonte. Ça marche essentiellement par la téléphonie, et un peu l’outil informatique et Internet. On arrive à l’interactivité sur des sujets vraiment particuliers. C’est pour cela que l’on est en train de construire une smart city, où l’on s’appuie sur la technologie maintenant que tout le monde a un smartphone, que tout le monde est branché. Chacun peut être en communication avec le système d’information de la ville, et justement, ces technologies peuvent faire que la vie entre l’élu et le citoyen soit dans les deux sens.

Pouvez-vous nous parler des initiatives que vous menez pour mobiliser les citoyens, notamment au travers de certains outils ou associations ?

Notre outil principal, c’est le 44 44 : de la téléphonie. C’est-à-dire que chaque personne qui constate quelque chose qui ne fonctionne pas dans la ville peut téléphoner, quelque soit ce qu’il voit. Il n’y a pas de question stupide. Et ça donne déjà beaucoup de résultat. Moi, j’aime bien la loi des 20–80. 20% d’argent dépensé, 80% de résultat. Déjà avec cette solution, on abat énormément de problèmes. Il y a une deuxième chose, plus humaine. Tous les matins, je suis sur le marché en centre-ville, et les gens viennent me voir.

Entre les deux, c’est là où il faut des outils. Aujourd’hui, ce sont des serveurs où les applications diffusent de l’information avec un peu d’interactivité. Mais pas encore de la vraie interactivité comme celle proposée par les réseaux sociaux. En fait, il faudrait un “Twitter” local, et qu’on ait une couche de personnel en ligne avec la population, et la sentir au quotidien. Plus on fera comme ça, plus la ville fonctionnera bien.

Je rêve de ce Twitter Chartres. Je peux l’inventer, avec les outils existants. Et à côté, des applications plus spécialisées, avec des capteurs sur la gestion d’un certain nombre de choses : les transports, les ordures ménagères, l’éclairage, la circulation, le stationnement… Et cet ensemble ferait un très bel outil. Il faut simplement faire attention que l’on reste dans un contexte humain.

 

On a parlé de mobilisation et du digital. Comment recueillez-vous et interprétez-vous les données qui proviennent du terrain (sondages etc.) ? Pensez-vous apporter des amélioration à cette démarche en particulier ?

Ce qui est intéressant avec l’information c’est quand elle est agrégée. C’est d’ailleurs la difficulté d’une commune. Sur une commune, il n’y a pas de fichier de la population. J’ai une somme de fichiers, comme la constitution des familles dans le logement social… Il n’y a donc pas de connaissance globale de la population. Et c’est un élément qui est gênant.

À côté de ça, il y a des éléments qui remontent sur des systèmes : la circulation des bus, les incidents qui se passent dans la ville. Mais agréger l’ensemble, ça n’existe pas. Il faudrait donc agréger ces informations pour qu’on soit en anticipation. On sera fort quand on pourra prévoir avant que ça arrive. Pour une gestion différente de la ville, ce qui m’intéresse c’est de passer d’une phase du constat à la phase de l’anticipation.

L’équipe Fluicity en a profité pour visiter Chartres et son impressionnante cathédrale

Quel est le rôle des entreprises dans la qualité de vie à Chartres ?

Les entreprises ici, c’est très important. On parle de croissance endogène : une entreprise, ça amène l’emploi et la fiscalité. Sans les entreprises, il n’y a pas de cité. Les villes qui ont raté le rendez-vous avec la vie économique sont maintenant en grande difficulté. Ici les gens ne le savent pas, mais les entreprises paient à 80% les transports publics.

D’un autre côté, nous on essaie de bien les accueillir, de leur donner la possibilité de bien se développer avec des zones d’activités, mais aussi accompagner le personnel dans le logement et avec un certain nombre de services.

Enfin, les entreprises, dans la croissance endogène, deviennent des acteurs de la construction de la cité. C’est pour ça qu’on intègre un certain nombre de startups qui doivent aussi fabriquer ce nouveau modèle.

On essaie au final de bien s’occuper de ceux qui sont là, on leur demande de nous restituer des choses, et si le système tourne bien, d’autres entreprises viendront parce que ce sera un exemple.

Quels sont les défis de la démocratie locale ? Est-ce qu’un outil numérique permettrait d’apporter une réponse à ces enjeux ?

Après 14 ans de mandat national, je vois la dichotomie qui existe entre le niveau local et le niveau national. Au niveau local, le maire fait plein de choses et se met facilement en contact avec ses habitants, alors qu’au niveau national, l’élu est très éloigné de la réalité.

Le numérique, les réseaux sociaux, vont être les vrais contre-pouvoirs de ces politiques qui se sont éloignés de la réalité. Ils vont remettre en cause la relation entre l’élu et le citoyen. Et je pense que par ce biais-là, par les applications qui seront mises en place, par le mode interactif qui va être mis en place, la politique se jouera autrement. D’ailleurs, quand vous organisez une réunion législative, dans la salle, il n’y a personne, ou seulement vos amis. Quand vous publiez une tribune sur Facebook et Twitter, vous avez des milliers de connexions, des gens qui vous répondent voire des gens qui vous engueulent. Alors que dans une salle, les gens vont rarement vous engueuler.

Internet va permettre à tout le monde de s’exprimer.

Internet va permettre à tout le monde de s’exprimer. Même celui qui ne peut pas bouger et qui reste chez lui. Alors, le vrai danger, ça va être de casser la relation humaine, et c’est pour ça que la ville doit être bien construite, avec des lieux où les gens se retrouvent.

Notre hypercentre, on le conçoit comme ça, avec de grands espaces culturels, patrimoniaux et commerciaux à ciel ouvert, sur une zone très importante, ce qui va permettre de faire rayonner la ville. Les deux sont donc compatibles à condition que l’on développe des deux côtés. Si on développe que d’un côté, ce sera une catastrophe. Les gens seront chez eux, et ne reconnaîtrons même pas leur voisin. Il ne faut pas tomber dans ce travers-là. C’est pour ça que la ville doit être construite de manière intelligente. Plus on la construira de manière intelligente et avec les technologies, plus on améliorera le confort de vie des citoyens.

Article rédigé par Louise Rigollier. Retrouvez les actualités Fluicity sur notre blog.

← Retour aux articles